Soixante-six ans après son accession à l’indépendance, la République démocratique du Congo continue de susciter des interrogations sur l’évolution de son économie. De l’ancien Congo au Zaïre, puis à la RDC actuelle, le pays a connu des périodes de croissance, de récession et de relance. Quel regard porter aujourd’hui sur ce parcours économique ?
Invité de SAISON+, le professeur Godé Mpoyi, économiste, spécialiste des finances publiques et enseignant d’université, propose une lecture fondée sur les principaux indicateurs macroéconomiques. Selon lui, malgré les difficultés qui ont marqué plusieurs décennies, les données disponibles témoignent d’une progression de l’économie congolaise sur le long terme.
« En 1960, la RDC affichait un produit intérieur brut de 3,4 milliards de dollars pour une population estimée à 15 millions d’habitants. En 1965, le PIB atteignait près de 4 milliards de dollars. Toutefois, le pays sortait d’une période de fortes turbulences politiques, ce qui limitait les performances économiques », explique-t-il.
L’universitaire situe le véritable redressement économique au début des années 2000.
« La reprise a véritablement commencé autour de 2002. En 2018, le PIB était estimé à 46,9 milliards de dollars pour une population de 84 millions d’habitants, avec un revenu par habitant d’environ 580 dollars. Les statistiques disponibles pour 2025 indiquent un PIB proche de 92 milliards de dollars pour une population estimée à 112 millions d’habitants, soit un revenu par habitant de 821 dollars », précise-t-il.
Pour le professeur Godé Mpoyi, cette évolution traduit une accélération de l’activité économique au cours des dernières années.
« En l’espace de sept ans, le produit intérieur brut a doublé. C’est, selon moi, une performance inédite dans l’histoire économique récente de la République démocratique du Congo », souligne-t-il.
S’appuyant sur les projections du Fonds monétaire international (FMI), il estime que cette dynamique pourrait se poursuivre.
« Les projections du FMI font état d’un PIB qui pourrait avoisiner 124 milliards de dollars en 2026. Si cette tendance se confirme, la RDC pourrait progressivement se rapprocher du groupe des économies à revenu intermédiaire », affirme-t-il.
Revenant sur les différentes séquences de l’histoire économique du pays, le professeur rappelle que les performances n’ont pas toujours été constantes.
« Après les résultats enregistrés entre 1965 et 1967, l’économie congolaise est entrée dans une longue période de déclin à partir des années 1970. Ce n’est qu’au début des années 2000 qu’une reprise durable s’est amorcée, avant de s’accélérer ces dernières années », rappelle-t-il.
S’il considère que les indicateurs macroéconomiques reflètent une évolution positive, l’économiste souligne que d’importants défis demeurent, notamment en matière de création d’emplois, de diversification de l’économie, de transformation industrielle et d’amélioration des conditions de vie de la population.
« L’économie repose avant tout sur des chiffres. Beaucoup d’efforts restent à fournir, mais les statistiques permettent de mesurer objectivement les progrès réalisés », conclut le professeur Godé Mpoyi.




